Un cahier à 10 Baht, une justice a trois balles

J’aurais voulu commencer ce récit par celui que j’avais déjà écrit dans l’avion qui me ramenait de Bangkok à Paris : une longue nuit sans sommeil passée à noircir compulsivement des pages sur un cahier d’écolier acheté 10 bath la veille. Un ramassis brut de coffrage de souvenirs et de confessions que les flics ont confisqué dès mon arrivée à Paris.

Je ne l’ai jamais revu et la justice a préféré ordonner la destruction de cette dangereuse et irrévérencieuse pièce à conviction. Ca ne collait pas avec leur délire visiblement : un pédophile qui s’invente une carrière de journaliste pour partir en Thaïlande….

Il y a plusieurs façon de se griller quand on est journaliste, mais la plus sure, c’est d’avoir raison avant les autres. J’avais déjà fait l’expérience avec Cuba : m’attaquer au mythe de Fidel Castro et d’un communisme à visage humain ou « globalement positif » comme aurait dit Marchais, m’avait couté une longue période d’ostracisme. Alors pourquoi récidiver, et de plus dans un domaine plutôt éloigné de mes terres habituelles ?

« Pour mon plaisir », cette phrase inventée sortie tout droit de l’imaginaire d’un juge aux abois figure réellement dans un jugement qui est bien l’aboutissement d’une escroquerie dénonciatrice, un procès en sorcellerie comme seules les sociétés malades savent en produire avec la plus parfaite des bonnes consciences. Après avoir foncé tête baissée sur une histoire de pédophilie qui n’en était pas une, la justice s’est auto amnistiée de toutes ses bourdes, de tous les dégâts qu’elle provoqué pour rien.

Ce récit est inspiré d’une histoire vraie. Il ne prétend pas décrire la réalité avec exactitude et comporte des imperfections. Mais il n’y a pas plus d’inventions dans ce roman que dans la fable déjantée que la justice a construit autour de mon histoire, pour dissimuler a posteriori ses erreurs et le zèle éhonté de dénonciateurs en pleine auto hypnose.

Cette même justice ayant fait le choix, pour le moins surprenant de détruire toutes mes archives, fichiers informatiques, articles, photos, jusqu’aux notes manuscrites, elle est en grande partie responsable des imperfections que peut contenir ce récit. Ayant voulu effacer toutes les traces matérielles de cette histoire, elle n’a pas réussi à effacer les souvenirs, parfois douloureux, de cette courtelinesque procédure bien française.

Si la justice pette les plombs dans sa quête effrénée de démagogie en jetant aux orties les principes qu’elle est censée défendre, il n’est pas défendu de s’interroger sur ses improvisations destinées à satisfaire les fantasmes de l’opinion publique. Débordée, pressée, quasiment ensevelie sous l’avalanche de dossiers en attente, et de prévenus en détention provisoire, elle veut aller vite pour prendre de vitesse la prochaine vague de lois répressives qui l’abreuvera d’un nouveau porte avion de coupables présumés à embastiller. Toujours dans les formes, s’il vous plait : en récitant haut et fort des principes avant de s’asseoir dessus, et surtout avec des aveux bien entendu, même extorqués par le chantage.

On a beau être un pays en faillite, on est quand même en France, la patrie autoproclamée des droits de l’homme, et fière de l’être. Le journaliste est un coupable convenable : il apporte généralement des mauvaises nouvelles, et il est rarement complètement innocent.

En tant que journaliste, j’ai commis l’erreur de croire qu’un énorme scandale impliquant des hommes d’affaires ukrainiens, des centaines de milliers d’images pédophiles, serait de l’intérêt des médias. Mais j’ai eu tort, car la question elle-même est devenue si sensible, que le simple fait d’en parler ou d’écrire à ce sujet fait de vous un suspect.

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